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« Jackie Brown », un Tarantino qui ne ressemble à aucun autre

« Jackie Brown », un Tarantino qui ne ressemble à aucun autre

Il y a vingt ans le réalisateur sortait son film le plus atypique. A-t-il jamais fait mieux depuis ?

Au milieu des années 90, Quentin Tarantino est le cinéaste le plus adulé de sa génération. En deux opus à peine, Reservoir Dog et Pulp Fiction, il marque le septième art comme rarement avant lui.

Que ce soit la turbulence de sa mise en scène, la direction d’acteurs ou le sens de la narration, tout semble frais et novateur. Qualifié de « tarantinesque », son univers qui entremêle à n’en plus finir toute une palette d’inspirations est immédiatement repompé à tout-va par ses contemporains.

C’est ainsi que lorsque Jackie Brown se profile à l’horizon, les attentes sont absolument démesurées, et ce d’autant que la campagne de promotion promet une œuvre dans la droite lignée de ses précédents travaux.

Problème, loin d’être un Pulp Fiction 2 (lui-même déjà un Reservoir Dogs 2 ?), cette troisième réalisation se veut beaucoup plus sobre et mature.

Le choix déroute alors une grande partie du public et de la critique.

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Le fond et la forme

Comme souvent avec Tarantino, la trame (ici librement adapté du roman Rum Punch d’Elmore Leonard) se veut des plus classiques.

Jacqueline Brown (Pam Grier), une hôtesse de l’air au casier judiciaire déjà bien achalandé se fait pincer par les flics en train de transporter coke et liasses de billets pour le compte d’Ordell Robbie (Samuel L. Jackson), un type un peu mac/un peu dealeur/un peu trafiquant d’armes.

À la croisée des chemins, horrifiée à l’idée de devoir à nouveau tout recommencer à zéro, c’est avec la complicité du prêteur sur gage Max Cherry (Robert Forster) qu’elle concocte un plan pour prendre tout ce petit monde de vitesse et soustraire à Ordell son demi-million de dollars cash d’argent sale.

Autour d’eux gravitent une galerie de rôles secondaires tous plus savoureux les uns que les autres – Chris Tucker en petite frappe, Bridget Fonda en beach girl un peu nympho, Robert de Niro en ex-taulard déphasé, Michael Keaton en flic un brin primesautier…

Désireux d’imprégner son film d’une tonalité blaxploitation, Tarantino s’autorise de nombreuses libertés avec le livre, à commencer par le fait d’engager une actrice noire dans le rôle principal (son idole de jeunesse Pam Grier) et de la rebaptiser Brown au lieu de Burke (une référence à l’un de ses plus grands succès, Foxy Brown sorti en 1974).

Loin cependant de se contenter de jouer la carte du thriller hommage rondement mené, QT axe les deux heures trente-quatre minutes que dure le film sur les personnages et les conversations qui les lient.

Paroles, paroles, paroles…

Déjà largement documenté, son goût du verbe s’exprime là de la manière la plus totale jusqu’à reléguer l’action au second plan, certaines scènes de dialogues durant parfois jusqu’à plus de dix minutes.

[Snapchatteur, snapchatteuses, oui ça risque d’être compliqué pour vous de tenir la distance.]

Le Los Angeles du quotidien devient ainsi le théâtre ininterrompu d’échanges pas tape-à-l’œil pour un sou, mais qui très vite créent une proximité, une intimité avec les personnages. Ces derniers vont, viennent, se rencontrent, causent, causent encore un peu plus, et puis de temps à autre quelqu’un se fait tirer dessus.

Mieux, quand le suspense atteint son point culminant (la scène de l’échange), Tarantino ralentit volontairement le rythme pour découper la séquence selon les différents points de vue.

Absolument pas anodine, cette sensation de lenteur qui va jusqu’à frayer avec une certaine léthargie, résonne de pair avec les grands thèmes qui traversent le film.

En effet malgré ses airs de série B méticuleuse et contrairement à toutes ces histoires de revanche très premier degré auxquelles son réalisateur nous habituera par la suite, Jackie Brown s’attarde sur des sujets pas forcément des plus évidents comme l’âge, la résignation, la question de la seconde chance.

Tous deux rescapés des années 70, Pam Grier et Robert Forster apportent ici leur touche d’authenticité. Couple empreint de non-dits, chacun fait face à sa manière aux affres du temps qui passe jusqu’à ce final à reculons au goût doux-amer.

[Final qui fait écho à la scène d’ouverture où Jackie se pressait vers une vie qui l’use chaque jour un peu plus.]

De tous les plans ou presque, Pam Grier n’a jamais été aussi resplendissante. Vingt ans après l’incompréhension demeure quant au fait qu’elle ait manqué d’être la première actrice afro-américaine à décrocher un Oscar

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« It’s a hangout movie »

Ce qui marque peut-être le plus au fur et à mesure que le film avance, c’est l’attachement inattendu qu’il provoque. Cette envie que se poursuivent encore et encore sur fond de soul music ces magouilles à la petite semaine, ces anecdotes racontées dans les bars, ces balades languissantes en voitures.

D’où peut-être ce sentiment qu’il s’est bonifié avec les années.

Tarantino y voit son Rio Bravo (le western d’Howard Hawks réalisé en 1959, considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de l’histoire Ndlr).

« Jackie Brown est meilleur à la seconde vision. Et je pense qu’il est encore meilleur à la troisième. Et à la quatrième… Il se peut que la première fois qu’on le voit, on se dise ‘Mais pourquoi toutes ces scènes de flânerie ? Pour quoi le scénario n’avance-t-il pas plus ?’. Mais à la deuxième vision vous captez le truc, et à la troisième vous ne pensez même plus au scénario. Vous attendez ces scènes de flânerie… Pour moi, c’est l’effet que me fait Rio Bravo. Je me souviens de la première fois que j’ai vu Rio Bravo, mais je me souviens mieux encore de la quinzième fois où je l’ai regardé. L’idée, c’est flâner avec les personnages. »

Jackie Brown ou le film qui vous rend à chaque fois toujours un peu plus nostalgique.

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