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Black Mafia Family : les dealeurs qui voulaient devenir rappeurs

Black Mafia Family : les dealeurs qui voulaient devenir rappeurs

Ou l’histoire du gang le plus « ghetto fabolous » de l’histoire du crime…

« I think I’m Big Meech… Larry Hoover, whipping work, halleluiah… »

En 2010, Rick Ross est le rappeur numéro un du game. Au sommet de son art, son quatrième album Teflon Don met absolument tout le monde d’accord, notamment grâce au fameux single B.M.F. qui produit par le tonitruant Lex Luger tourne en boucle dans les caisses et dans les clubs.

Si officiellement l’acronyme signifie « Blowin’ Money Fast », il renvoie également au nom d’un des gangs de dealeurs les plus célèbres de l’époque : la Black Mafia Family.

Fondée à la fin des années 80 par Demetrius ‘Big Meech’ Flenory et son frangin Terry ‘Southwest T’, l’organisation jouit dans les années 2000 d’une renommée sans pareil dans le monde du rap, ses membres vivant à ciel ouvert la vie de célébrités jusqu’ à rendre ces dernières admiratives.

Au milieu de mille anecdotes sur le sujet, il en est peut-être une qui résume à elle seule ce goût du faste et de la flambe : ce jour où Big Meech a invité sur un coup de tête à Cancún 300 personnes de son répertoire, rappeurs (Juvenile, Bone Crusher, Lil Jon, Young Jeezy…) et strip-teaseuses inclus, pour aller siffler non-stop des bouteilles de Cristal dans un hôtel privatisé.

Générant du cash à ne plus savoir qu’en faire, la B.M.F. peut se permettre ce genre d’excentricités. En quinze ans d’activités, la justice fédérale américaine a estimé qu’entre le trafic de drogue et le blanchiment d’argent ses revenus ont dépassé les 270 millions de dollars.

 

Mais comment depuis leur modeste hood de Détroit les frères Flenory ont-ils réussi à bâtir « le plus grand empire criminel de l’histoire des États-Unis », écoulant des kilos par centaines dans les principales villes du pays, le tout sans éveiller le moindre soupçon de la justice pendant plus d’une décennie ?

 

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Une affaire de famille

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Tee & Meech

 

L’histoire commence dans la banlieue de Détroit à la fin des années 80. Lorsqu’ils voient leur famille menacée d’expulsion sous un délai de trente jours, Demetrius et Terry alors dans leur vingtaine décident de jouer la carte de l’argent facile pour s’en sortir.

Éduqué dans la foi chrétienne, Démétrius considère que si la Bible ne contient aucun passage relatif au trafic de drogue, c’est que ce dernier n’est pas formellement interdit. Et c’est ainsi que les deux hommes commencent à dealer de petites quantités de crack.

Un premier évènement pour le moins malheureux va se révéler une aubaine. Blessé par balle à l’œil, Terry doit passer sur le billard. L’opération de chirurgie se déroule mal, ce qui lui donne droit à une compensation financière. De là, les deux frangins investissent dans un service de location de voitures de luxe, l’entreprise leur permettant désormais de distribuer en toute discrétion leur produit.

Mieux, ils équipent chacun des véhicules d’un système de trappes des plus élaborés. Créées sur-mesure, elles sont indétectables à l’œil nu et ne s’ouvrent qu’après diverses manipulations (genre retourner la voiture ou démonter le tableau de bord avec un aimant).

Reste que même avec toute l’ingéniosité de la Terre un obstacle demeure : comment obtenir en plus grande quantité de la cocaïne ? Si les ghettos en sont les principaux consommateurs, les cultivateurs se situent eux à plusieurs milliers de kilomètres.

Hasard de la vie, forts de leur réputation naissante Big Meech et Southwest T rencontrent un certain Wayne Joyner, un trafiquant de mèche avec les cartels mexicains. La B.M.F. peut alors rêver haut et fort d’expansion à l’échelle nationale.

 

Le kingpins lifestyle

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A contrario de la concurrence qui choisit comme stratégie de développement la conquête de territoires, la Black Mafia Family préfère tisser un réseau d’alliances avec les gangs locaux. Plus « business oriented », cette méthode réduit au maximum les effusions de violence et évite ainsi d’attirer l’attention des autorités.

Les résultats se font très vite spectaculaires, à tel point que Southwest et Meech finissent par quitter la Motor City. Le premier émigre à Los Angeles, le second à Atlanta, deux villes où la B.M.F. a installé des laboratoires où la coke est diligemment coupée, empaquetée puis envoyée aux quatre coins des US.

Avec 400 employés sous sa coupe, c’est peu dire que les affaires tournent bien. Rien qu’à Atlanta, l’équipe dispose de cinq planques qui écoulent entre 100 et 150 kilos de poudre blanche tous les 10 jours.

Toujours en hausse, le chiffre d’affaires dépasse alors largement le million de dollars par mois, quand ce n’est pas par semaine.

 

La séparation

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Reste que la séparation géographique entre les deux frères n’est pas sans conséquence sur leur relation et petit à petit, leurs différends se font de plus en plus importants.

Un peu comme Slim et Baby chez Cash Money, les deux hommes sont dotés de personnalités toutes aussi complémentaires qu’antagonistes. Posé, en couple, le petit frère Terry est le plus calme des deux, tandis que plus charismatique, Meech vit dans la lumière profitant sans vergogne des joies de la fast money.

À Atlanta, nouvelle capitale du hip hop, il est comme un poisson dans l’eau. Toujours fourré en soirée, il ne se déplace jamais sans une cinquantaine de personnes autour de lui et la flopée de bolides de luxe qui va avec (Bentley, Lexus, Porsche, Ferrari, Bugatti…).

La légende urbaine veut d’ailleurs que ce soit la très dispendieuse B.M.F. qui dans les strip clubs ait initié la pratique du « making it rain » (soit parader en jetant en l’air des liasses de billets).

Ce comportement ne plaît guère à Terry qui redoute qu’il ne les transforme en cible. Meech lui n’en a cure, pensant que « tant qu’il ne parle pas au téléphone, et tant qu’il s’entoure de gens fiables » il est suffisamment protégé pour se laisser aller à dépenser son oseille comme il l’entend.

À cette divergence sur la forme, s’ajoute un désaccord de fond sur la qualité du produit : en bon renard des surfaces Terry coupe sa coke, en partisan du beau geste Meech préfère la vendre la plus pure possible.

Malgré les dollars qui s’amoncellent, la situation devient intenable et les frères Flenory finissent par complétement couper les ponts entre eux à la fin des années 90.

 

Le monde est BMF

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C’est à cette période que Meech se met à penser la Black Mafia Family comme une marque part entière. Il rebaptise tout d’abord très officiellement sa bande avec ce surnom, puis il lance son propre label de rap : BMF Entertainment.

Financé du sol au plafond avec l’argent sale, l’avènement de cette structure n’a pas uniquement pour but de satisfaire l’égo de Meech. Authentique fan de rap, ce dernier caresse l’idée de faire table rase du passé et de devenir un businessman digne de ce nom.

Pour ce faire, il investit comme personne. Outre le fait qu’il gratifie chacun des membres du crew d’un pendentif en diamant B.M.F. ou qu’il se paye une campagne d’affichage « The world is B.M.F. » dans tout ATL (difficile de faire plus Scarface), pour percer le label mise le paquet sur son artiste Bleu DaVinci.

Le clip de son premier single We Still Here featuring Fabolous et E-40 bénéficie d’un budget stratosphérique d’un demi-million de dollars ! Le scéanrio est lui on ne peut plus provoc’, puisqu’il fait référence à une enquête en cours dans laquelle Meech est soupçonné de double homicide.

Si Bleu DaVinci est le seul rappeur officiellement signé chez B.M.F., le label promotionne également à tout va Young Jeezy avec qui Meech est ami. Il fait passer sa musique dans les strip clubs (là où dans le sud les modes se font et se défont) et lui prête caisses et joailleries pour ses vidéos.

 

Pour l’anecdote, le réalisateur Benny Boom a révélé que le sur le tournage de Soul Survivor en 2005, Jay Z en tant que président de Dej Jam s’était pointé sur les lieux dans une toute nouvelle Maybach… avant que Meech ne débarque, non pas avec une, mais deux nouvelles Maybach qu’il s’est empressé de garer juste à côté de celle de Jay.

 

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Fin du game

Assez ironiquement, c’est Terry qui va provoquer la chute de la Black Mafia. Quand pendant toutes les années 90, les forces de police ne prenaient pas au séreux l’existence d’un crew capable de ventiler de telles quantités de drogue dans tout le pays, les fédéraux de Los Angeles finissent par le mettre sur écoute en 2005.

De là, il ne reste plus qu’à dérouler la pelote de laine tant Southwest T, bien que fan de The Wire, se montre des plus imprudents au téléphone, mouillant son frère jusqu’au cou bien qu’il ne soit plus en affaire avec lui.

Cinq mois plus tard et 900 pages de retranscriptions plus tard, les jeux sont faits : la Drug Enforcement Administration (DEA) inculpe les frangins Flenory ainsi que 150 de leurs comparses dans six états différents pour infraction au statut CCE (Continuing Criminal Enterprise Statute, une loi également surnommée « The Kingpin Statute » qui vise à lutter contre le trafic de drogue organisé à grande échelle).

Devant l’accumulation de preuves et de témoignages de leurs anciens « brothers » devenus balances au cours de l’enquête, Demetrius et Terry, respectivement 39 et 35 ans, finissent par accepter un plaidé coupable en novembre 2007.

En septembre 2008, ils écopent chacun de trente années de prison pour des faits remontant de 2000 à 2005. Lorsque le juge demande à Meech s’il a quelque chose à dire, celui-ci lui répond : « Je ne vais pas vous dire que je suis désolé, il n’y a que les gens qui se font attraper qui sont désolés. »

Barima ‘Bleu DaVinci’ McKnight est également condamné à cinq ans. Libéré en 2011, il poursuit depuis sa carrière musicale.

 

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Peu de temps après ces condamnations, une poignée de membres passés à travers les mailles du filet de la justice tentent de reprendre l’étendard Black Mafia Family. Les connections leur font malheureusement défaut, et l’organisation finit par complétement disparaître.

Aujourd’hui certifiée légende de la rue, la B.M.F. est sur le point de faire l’objet d’une série télé produite par 50 Cent. Une actualité qui a évidemment ravi Meech du fond de sa cellule.

 

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